Mon avis sur L’Assommoir, de Zola

Je tape et j’arrose. Au lavoir, les genoux dans l’eau froide et poisseuse, je frotte un pantalon et je retire la crasse du gilet de laine. Blanchisseuse à 14 ans, on pourrait dire que j’ai ça dans le sang. Je clopine sur les pavés de Paris, le baquet calé sur la hanche et la jambe qui traîne. Clap, clop. Parfois, je prends une prune avec mon mari. Je laisse l’alcool dans le fond du verre. Et je rêve. Je rêve à ma boutique. Les tas de linge blanc s’empileront dans les coins, les murs seront peints en bleus. On verra les nuages de fumée s’élever des fers pour flotter dans la boutique. Ah ça les enquiquinera bien les Lorilleux que je l’ai, ma boutique ! Enfin, on n’est pas bien méchant. On les invitera à manger de l’oie le dimanche, on boira du vin, ce sera bien gentil. Ma boutique, je l’aie. Et je vais la manger. Elle est comme je l’imaginais. Nana court dans la cour avec cette Pauline. Oh pour sûr, ils ont encore volé le sabot de madame qu’ils tirent avec une ficelle ! J’ai d’autres chats à fouetter.


Je trime, je trie les vêtements, j’applique l’amidon, je repasse la chemise de Goujet. Son linge à lui, je suis la seule a le toucher. Manquerait plus que cette gourgandine d’Augustine brule la manche !


Je tape et j’arrose. Et le soir, fatiguée, je prends une prune. Je retrouve mon mari, qui a gardé sa paye pour la boire. Alors, je la bois avec lui. On travaille bien assez pour en profiter ! Le petit bout de lard qu’il reste chez le boucher, je le mangerai aussi. Je ferai cuire les haricots et les pommes de terre avec le gras. Chez ceux de chez nous, on ne perd rien. Et parce que s’agiter devant une casserole pour tout le monde fatigue, je prendrai un petit coup de rouge. La boisson des honnêtes hommes ! Pas comme ce mari rond comme une quille qui me découcher ! Encore une petite prune, histoire d’oublier. Et une autre, pour soulager les muscles qui travaillent. Je tape et j’arrose. Et je ne sais plus faire que ça.

Gervaise, je ne sais pourquoi, ton histoire me fascine. Même quand je la relis pour la 3542947e fois. Et vous, vous l’avez lue, aimée ?

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